Je suis dans l’avion, mon esprit est ailleurs. Là bas. Resté en Afrique. Encore sur les routes à vagabonder dans les pensées. Images qui me reviennent. Visages. Gueules. Routes. Paysages. Fleuves. Rencontres. Discussions. Les yeux des enfants. Les yeux des femmes. La lumière de l’espoir. Je suis triste de quitter cette vie que je mène depuis quelques mois. Je suis heureux pourtant d’avoir vécu ce que j’ai vécu pendant ces mois. Une expérience sans égal. Une expérience qu’il me faudra pourtant digérer encore pendant plusieurs mois. De fantastiques rencontres. Une fantastique rencontre. Un voyage tout d’abord avec moi-même. Un voyage à me trouver et me retrouver. A remettre en accord un corps et un esprit. A les refaire travailler ensemble. Un voyage de réflexions et de méditations pendant ces longues heures de route. Questionnements. Essaies de réponses. Recherche d’absolu. « Chercheur d’absolu » (en clin d’œil et hommages à Théodore Monod). La vie en absolu. Dans l’absolu. Celle qui sera trépidante et riche. Celle que je cherche pour arriver en paix. Mon histoire, ma quête. Là où j’ai envie d’aller, parce que mon histoire m’y mènera. La vie pour laquelle je suis fait. Je crois que le voyage, la route, la solitude, sont les clés de ma vie et de ma personnalité. Je crois que je suis un profond solitaire. Un voyageur. Un nomade. Fais pour un tour du monde en vélo. Sans fin. Un éternel vagabond. Pellerin aussi, peut-être. Comme en amour. Parce qu’évidemment que la question de la vie avec quelqu’un, je l’ai abordé. Trituré dans tous les sens pendant ses voyages. Avec qui faire ma vie ? Seul ? Avec une femme et des enfants ? C’est difficile d’y répondre. Je cherche mon ange, la même que moi. Capable de tout larguer. Un brin de folie dans la tête. Des rêves à réaliser. Une forte personnalité. Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Une écorchée vif de la vie. Et puis égoïstement j’aime ma liberté. Je ne suis pas convaincu que les hommes et les femmes soient foncièrement faits pour vivre ensemble. Alors tour du monde et autres voyages ou une maman et des enfants ? Mais je suis un peu marin. Un peu nomade. J’aime les ports et les départs. J’aime l’amour. J’aime la vie. Mais un jour ça se terminera peut-être avec une femme et des enfants avides de déserts, de montagnes, d’océans et de cultures, dans une longue aventure sur les routes du monde. J’y crois. Ca me tombera dessus le jour voulu. Plus tard. Alors pour l’heure, roule ma poule ! Et surveilles de tes grands yeux la route. Je reste monade. Sur la route comme en amour.
Quelques jours plus tard, à Paris.
Atterrissage difficile. Retour difficile. Choc. Décalage. Dépaysement même. Putain, je vais où ici ? Je suis perdu. Week-end heureux pourtant à Paris. Retrouvailles entre amis. Retrouvailles d’Henri. Des retrouvailles bien simples. Relations à l’essentiel. Entre amis. Entre Africains blancs de peau, noirs dans l’âme. Relations pures, simples, généreuses. Aller à l’essence de la vie et des relations. Discussions pour refaire le monde, à rêver du monde, de découvertes, lectures et musiques, images des souvenirs communs, portraits. On parle d’amour, des uns et des autres. On se quitte avec des projets plein la tête. Envies de voyages. L’Algérie ensemble. Puis une descente jusqu’au Bénin. Ah vraiment !
Henri rentre chez les Frères Dominicains à Strasbourg. Frère Henri. Besoin de rupture, de communion, de méditation, d’isolement. Besoin d’apprendre. A chacun son voyage. Je respecte cela avec beaucoup d’admiration. Je suis heureux d’avoir rencontré Henri. Je sais qu’on ne se reverra pas beaucoup. Une fois encore un type un peu plus vieux que mois. Original. En marge.
Henri m’offre un livre. Pas n’importe lequel – Celui de Sébastien Schutyser, le cycliste photographe qui avait séjourné chez Kader Diallo à Diafarabé, Mali. Banco - C’est le titre de son ouvrage. Photos en noir et blanc des mosquées en banco de la région du delta du Niger. C’est dingue quand même. J’avais juste dis à Henri que je m’étais baladé dans la région et que j’étais tombé en admiration devant toutes ces mosquées de style Saoudien. Et comme par l’une de ces merveilles de la vie complètement irrationnelle et inexplicable, Henri m’offre LE livre des mosquées en Banco, photographiées par celui à qui je ressemble certainement un peu. Mais en plus, Henri me laisse en Afrique avant de rentrer en France, Sabotage Amoureux, d’Amélie Nothomb. Il y a trois ans, Manuel, rencontré à Djénné, me laissa Métaphysique des Tubes du même auteur. Deux livres offerts en Afrique du même auteur – coïncidence ? J’adore toutes les histoires comme ça. J’adore l’irrationnel alors que je suis issu d’une formation scientifique. J’adore les histoires des destinées. L’inexplicable. D’ailleurs, par le plus grand des hasard, nous nous recroisons Henri et moi, parmi la foule de la fête de l’Humanité. Que fais-tu là sur mon chemin ? C’est toi qui es sur mon chemin ! Alors il ne faut pas rentrer dans les chemins tous tracés par une société qui tente de nous influencer. Je dois rester éveillé. Attentif. Je crois qu’on ne peut pas aller à l’encontre de son destin. Il ne faut pas rester devant une porte qui ne s’ouvrira pas. Jamais. Etre en mouvement perpétuel. L’immobilité, du corps et de l’esprit, c’est la mort tout entière. Il ne faut pas rester là où on ne se sent pas bien. Si tout me pousse au voyage, si tout me ramène à un tour du monde en vélo, alors il me faut suivre ma destinée. Partir. Oh, partir ne me fait pas trop peur. Mais d’un tel voyage, j’appréhende déjà un éventuel retour. La dernière BMW ne me fera jamais vibrer. Je refuse la consommation, l’être et le paraître. La parure que nous impose d’une manière ou d’une autre notre système. Un nom et une profession. Aujourd’hui, penser un peu différemment, c’est très rapidement se marginaliser. Alors merde ! Si un poste de maître de conférence à l’université ça fait bander des mecs, ça fait pousser les dents pour gratter un poste de professeur des universités, bah, en fait je me suis trompé. C’est pas pour moi. Je pensai qu’en continuant mes études, j’allais bosser avec de gens plutôt ouverts d’esprit, ouverts sur le monde et la culture. Je ne veux pas finir vieux con. Mes rêves m’emportent, pour un tour du monde. Alors je pars. Je suis déjà parti dans ma tête. L’appel du voyage, des cultures, de la liberté, de la connaissance, est plus fort que tout.