Un ferry pour l'Afrique

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Espagne - Algéciras
de Benoit, le 01-07-2005

Un ferry pour l'Afrique

Algerisas, Espagne, 1er juillet 2005.
Une autre histoire. Encore une autre histoire. File d’attente pour le ferry de Ceuta. Maroc. Combien de fois la traversée ? A quand la dernière pour aller visiter ailleurs ? Un autre continent… Et puis me revoilà. L’Afrique ne m’a pas tout dit. Pas tout montré. Il me reste tant à apprendre d’elle. On n’a jamais fini d’apprendre. Les gitans disent qu’il faut une vie pour aimer. J’aime l’Afrique. Depuis toujours. Depuis Saint-Louis la première fois. Depuis Saint-Louis et les premières larmes. Larmes à Balcoss, Bloc n°12. Juin 1999. Famille Diouf. Et depuis, combien de traversées du désert ? A chaque traversée il n’y a jamais la même chose. Qu’ai-je cette fois à découvrir ? A apprendre d’elle ? A apprendre de moi ? Certainement beaucoup. Des deux même. Je suis en vélo cette année. Il y aura certainement du dur. Mais je traverserais plus encore parce que Koffi m’attend. Koffi de Cotonou. Bénin. Koffi à qui je dois le courage et la persévérance. Si longtemps resté en France. Séparé de sa famille. Séparé de son pays, de sa culture. Toujours à devoir affronter le p’tit racisme au quotidien. Une thèse sur les croyances et sur la motivation des enfants à l’école et dans le sport. Koffi le sage. Koffi l’Ami. J’ai tant envie de le retrouver. Lui et sa famille. Sa maman au village de Guézin, route de Lomé. En vélo, Nouadhibou (NDB) Mauritanie – Cotonou Bénin en vélo. Gonflé un peu. Caen – NDB en 305. Vieille de 25 ans. Encore plus gonflé ! Je n’en finirais jamais. Pas encore sur la piste qu’une autre caisse m’attend déjà. Une 505 Peugeot. Break. Reine de l’Afrique. Ok, princesse. 504 et 404 restent les reines. Idées d’Algérie. Jusqu’à Agadez. Prendre un visa. Le grand désert. Nous devons nous rencontrer ! Et puis un tour du monde. Peu m’importe comment. En vélo. Mais je suis assez allumé pour le faire en courant. Odile me dit que dans mes yeux, il y a le regard du marin. De l’homme de la mer, quand il est au quai. J’ai cette maladie : le voyage. La vie est si fade ici. Mais sur la route, combien de regards ? Combien d’expériences ? Apprendre, voir, comprendre, découvrir, m’ouvrir aux autres. Comprendre, accepter et tolérer. Pour ne pas juger le monde et mes frères s’en les connaître. La route, la piste toujours. Je suis nomade. Je l’ai certainement toujours était. Nomade, sur les routes. Depuis tout p’tit. Nomade génétique. Nomade de famille. Transmission du patrimoine familial. Premières expériences dans une « Estafette – Renault ». Le modèle non rallongé, non surélevé. Essence. Orange des ponts et chaussées. Papa l’avait acheté à Bougogneau, le maçon de Chammes. De bien belles vadrouilles avec. A rouler sur les routes de France. Et de Bretagne. A ne jamais se poser. Toujours en quête du petit coin de paradis. Je comprends le sens du voyage. Je différencie les vacances du voyage. C’est l’aventure. Quelle fierté de voir mon Papa couché sous le camion dans un camping et changer le démarreur trouvé dans une casse auto. C’est l’époque où je suis bercé par les récits des voyages en Yougoslavie et Grèce de mes Papa Maman, par ceux des Tontons en Afrique en J7 Peugeot, voyage de deux ans entre 1970 et 1972. Une famille dispersée aux quatre coins du globe : Flo en Irlande, Bab’ et la famille en Australie. Une famille qui voyage… Gamin, j’étais impressionné et je passais des heures, à Saint Pierre sur Erve, à observer cette grande photo de ce cavalier Mongole. Taty Dédée, à côté. Andrée Chamaret, elle aussi a bourlinguée. Pas seulement sur le globe. Dans sa vie surtout. Des vies comme celle de Taty, on en fait plus. Entre ses enfants, son gendre Saving, Laotien, un mari aux abonnés absents et j’en passe… Madame Taty Dédée ! Respect. Sagesse. 83 ans d’expériences. Force douce. J’aimerais vivre avec l’intensité de la vie de ma grande tantine. Dans mon époque, mais avec la même philosophie de vie que la sienne.
Les portières se ferment. Tout s’accélère. Bientôt je quitte l’Espagne. Salam Aleïckoum Afrique. Content de te revoir. Deux mois sans toi. Nous nous sommes quitté au Maroc au printemps. Trekking dans l’Atlas. Patiente. Je suis là. Pour toi. Pour deux mois au moins. Pour deux mois encore. A alimenter ton sol de la sueur qui va me couler. A laisser sur ta peau le sillon des pneus de mon vélo. Allons-nous aimer comme toujours ? Tu es tellement grande. Je suis si petit. Tu es si terrible. Tu bouleverses des vies. Tellement tu donnes d’émotions. Tellement tu réveilles les instincts. Tu es si contrastée. Entière et sincère. Entre misère et lueur d’espoir dans les yeux des enfants. Entre la dureté de la vie, la faim et la maladie. Entre la musique, la danse et la fête, la fierté de tout ton peuple. Solidarité aussi. « C’est la vie dans ce monde, pendant que d’autres naissent, d’autres meurent, pendant que d’autres rient, d’autres pleurent » (Amadou & Mariam – Dimanches à Bamako). Jours de fête à Bamako. L’Afrique. Ecole de la vie. Ecole de ma vie. Fierté hier de descendre. Entre J5 Peugeot, Mercedes 200 / 240D pour les plus modestes, entre Monospace Merco Vito pour les plus fortunés. Tous bâchés bleus. Trois centimètres du sol. Visages fatigués. Gagner le bled au plus vite. Drôle de vie que la vie d’immigrés. L’Europe, la France. Eldorado… Y faire sa vie, sa fortune, sa fierté. Réussite. Fierté de retrouver la famille. Retour au pays. Aux sources. Et moi au milieu. Aussi fier qu’eux. Je descends presque pour les mêmes raisons. Retrouver une terre que j’aime. Et serais-je capable d’aimer un jour ? Aimer comme j’aime l’Afrique – une femme. Lui accorder une vie et toute ma sensibilité. Mon amour tout entier ? Je suis nomade. Nomade des routes, en amour aussi. Mais le nomade cherche la terre fertile qui le fera se sédentariser. Rester en place. Devenir sédentaire. Quand trouverai-je cette terre ? Celle qui me donnera un amour si fort qui me fera poser mon sac ? Une femme avec qui je resterai pour l’amour ?

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