Diafarabé (Delta du Niger, Mali)

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Mali - Diafarabé
de Benoit, le 06-08-2005

Diafarabé (Delta du Niger, Mali)

Diafarabé (Delta du Niger, Mali), 6 août 2005


Vendredi 16h00. Le bateau arrive à Diafarabé. Je remarque que le fleuve est en train de ronger les berges du village. Derrière quelques manguiers et baobabs, j’aperçois les deux mosquées de Diafarabé. La grande mosquée et la petite pour les peuls, toutes deux de style Saoudien. Le bateau accoste sur une petite île au milieu du fleuve. C’est ici que je débarque. Je suis le seul à descendre. Mon vélo est déchargé. Je dois signer le bon de livraison en trois exemplaires. Un petit me prend dans sa pirogue pour gagner la rive. On charge le vélo et les sacoches dans une pirogue très effilée. Debout à l’arrière, à l’aide d’une grande perche de bambou, le gamin me fait traverser l’un des bras du Niger, le Lola. Le Général A Soumaré s’éloigne et je salue mes compagnons de bord avec un peu d’amertume. Ensemble pendant ces quelques jours, nous avons beaucoup discuté. La Mongolie me fascine tout comme leurs récits dans cet immense pays aux multiples facettes. Un jour peut être, à cheval ou à vélo, j’irais parcourir ces steppes et voir le grand désert de Gobi.
A peine posé le pied sur la berge, des centaines de gamins viennent m’entourer. J’ai bien du mal à rattacher mes sacoches. Je m’enfonce dans le dédale des ruelles de Diafarabé. Je passe à côté de la petite mosquée des peuls. Saydou Diallo, 14 ans, vient me rencontrer. Il m’invite à passer chez le chef du village. Nous nous enfonçons dans de petites ruelles. Les murs des maisons sont en banco. Le chef du village n’est pas à la maison mais dans celle de son autre femme. Nous nous y rendons. Sous une tonnelle, je suis accueilli par Kader Diallo, un peul, chef du village de Diafarabé, circonscription de 8500 habitants. Son conseiller est avec lui. Nous nous présentons respectivement. Kader m’explique aussi le fonctionnement politique des villages au Mali. Le chef du village est élu, tout comme le maire. Dans certains petits villages de brousse, ce titre honorifique se transmet de père en fils. Le père de Kader avait déjà été chef de village de Diafarabé pendant quinze ans. Nous quittons la maison pour nous rendre dans une famille et présenter nos condoléances. Une femme est en effet décédée. Au retour, je m’arrête dans le studio de la radio locale, Lola FM sur 99.9 MHz. Ambiance Coupé-Décalé à bloc ! Je m’installe avec Kader le long du fleuve et nous discutons des étrangers passés ici, venus pour la grande transhumance en novembre. A cette période, tout le bétail parti dans le nord, aux frontières de la Mauritanie, redescend et traverse le fleuve et les affluents du Niger pour gagner les terres de verdure du côté de Djénné, Mopti, le Lac Lébo. C’est une manifestation unique qui ne dure que quelques jours.
Kader m’explique aussi le rôle de chef de village. Demain, une grande assemblée se tiendra à la maison pour régler un problème opposant peuls et bozos. En effet, le bozos, peuple pécheur, faisant un peu de culture maraîchère pour pallier au manque du poisson, ont commencé des travaux de plantations sur des terres dites de Gîte. Ces terres sont des emplacements où les bêtes sont parquées au moment des transhumances. Il faudra donc régler ce problème selon les textes constitutionnels. Mais pour cela, beaucoup de palabres sont nécessaires.
Dans la soirée, Kader m’explique que trois jeunes français résident depuis plus d’un mois chez lui. Ils sont cinéastes et sociologues et sont venus pour réaliser un documentaire sur les us et coutumes des peuls du delta du Niger. Actuellement ils sont partis en brousse pour, en vivant avec les bergers peuls, étudier comment ils conduisent leurs troupeaux. Ils vont aussi se rendre au plus grand marché au bétail de la région.
Un autre voyageur en vélo, Sébastien Schutyser, Belge, est tombé amoureux de cette région. Il est devenu l’ami de Kader. Sébastien a réalisé un ouvrage illustré de photos noires et blanches complété de textes sur les anciennes mosquées de la région du delta intérieur du fleuve Niger dans la région de Djenné. Dans la soirée je fais connaissance avec Assa et Maryam, les deux filles de Kader. J’avale difficilement mes boulettes de tô (pâte de mil) avant d’aller m’endormir sur la terrasse surplombant le village de Diafarabé. Le vent doux bercera ma nuit. Le jour se lève déjà sur le Niger. Quelques petites pirogues passent. Je pars dans la matinée avec le jeune Saydou visiter la très ancienne mosquée de Darou et de Tilembeya, le long du fleuve à quelques kilomètres de Diafarabé. La mosquée de Tilembeya est très surprenante. Très arrondie. Des enfants viennent me voir et me demandent de poser pour des photos. Séance aux clichés uniques et absolument merveilleux.


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