Mopti

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Mali - Mopti et Djenne
de Benoit, le 09-08-2005

Mopti

Mopti, 9 août 2005

Départ de Diafarabé. La nuit a été épouvantable. Je suis pourtant fatigué mais je ne dors pas. L’orage gronde. Il me fera quitter la terrasse pour m’installer à l’abri dans le vestibule, la grande pièce des assemblées du village, de Kader. La veille au soir, un piroguier est passé à la maison pour organiser mon départ. Je dois traverser le Lola. Le jour se lève déjà. Bagages. Riz au lait. Photos d’au revoir. Tout s’accélère. Je suis à côté de la vieille mosquée de Diafarabé que le fleuve a déjà pour moitié emporté. Le piroguier est là. On charge les sacs. Puis la bécane. Kader est triste. Ses yeux brillent de larmes. Je salue sa famille. Ses deux épouses. Ses enfants. Tous les deux nous nous serrons la main. Les mains gauches. Pas les droites. Nous sommes entre « Peuls ». Les Peuls se serrent toujours les mains gauches avant de voyager. En signe de chance. En signe d’amitié profonde aussi. Je suis triste. Il me faut retenir mes larmes pourtant. Nous quittons les berges. La main levée. Un au revoir. Je n’espère pas un adieu. Merci Kader. Merci pour ton hospitalité, ta sagesse. Ta disponibilité de chef de village combien si importante, si prenante. Merci pour l’homme de cœur que tu es. Merci de donner autant pour les plus démunis du village. J’espère te revoir. Bientôt. Un jour, inch’allah.
Le piroguier cherche les courants. Je suis au milieu de la pirogue. J’écope. Lui rame avec son petit. Une heure de ballade dans le soleil levant des affluents du Niger. Lumière d’argent sur le fleuve. Nous croisons d’autres piroguiers arrivant pour le marché de Diafarabé. Nous sommes lundi, c’est aussi le marché de Djenné. Et je reprends la piste. Tout le monde m’observe sur le bord du fleuve avec mon vélo. Kader m’a donné la liste des villages que je dois traverser jusqu’à Djenné. L’orage de la nuit me donne bien des difficultés pour avancer sur cette piste devenue un véritable bourbier. Après deux kilomètres, je croise un berger Peul et lui demande ma route. Je me suis déjà perdu dans ce dédale de pistes… Je croise beaucoup de charrettes tirées par des bœufs. Les gens vont tous à Diafarabé. Je tombe dans la boue. Il me faut aussi traverser une rizière. Premier village, Mamba. Je m’arrête pour aller voir la vieille mosquée Saoudienne en banco. Tous les enfants sont là. La fête est grande. Les gens très accueillants toujours. Ca me fait chaud au cœur toute cette hospitalité, toute cette attention que les gens me portent. Merci à tous ceux qui auront croisés ma route depuis le début. Vos saluts et vos mains levées m’ont donnés le courage, la force, l’envie toujours d’en voir encore et d’avancer pour rencontrer encore et toujours. Viennent ensuite Owna, Kotoumou, Mogna, Djenné enfin. Il me faut sans cesse demander ma route. On m’indique plus des directions. Je ne suis rassuré que lorsque j’aperçois les croissants des mosquées au loin. Les Peuls et moi-même essayons de communiquer sur le chemin mais nous n’arrivons pas à nous comprendre. Quelques sourires seulement. Il y a beaucoup de troupeaux, beaucoup de petits campements Peuls improvisés sous les arbres. Campements pour une saison d’hivernage et de transhumances. Les bêtes autours. Beaucoup de bétail. Kader me disait qu’un Peul ne vendait jamais ses bêtes. Les Peuls cherchent à agrandir leur cheptel et passent leur temps à admirer le troupeau avec une grande fierté. Pour vivre, ils troquent le lait ou le vende. J’arrive enfin à Mogna. A partir de ce petit village, la piste devient meilleure jusqu’à Djenné. Il me reste encore plus de 45 km. Je roule en les comptant un par un…
Djenné. J’aperçois au loin la grande mosquée qui domine la ville. Pleine effervescence. C’est le grand marché. Camions chargés. On me salut tout le temps. Je détourne les regards à mon passage. Sourires des enfants. Croisements périlleux avec les charrettes sur les petits ponts. Place du marché. Je retourne dans une auberge où j’avais séjourné en 2002. J’avais même conduit Amadou, l’aubergiste et son fils, jusqu’à Sévaré. Nous étions cinq. Un autre touriste, Manuel et son guide Burkinabais, Adama Barry. Amadou, son fils et moi au volant de la 504. Bons souvenirs. Le marché de Djenné est indescriptible. Combien d’odeurs ? J’adore les petits « bouillons » façon Bozo. Imitation Maggy. Epices pilés avec du poisson séché. Odeurs terribles ! Je tourne autour de la mosquée. Les petits enfants me suivent en me disant « On a faim ! ». J’achète du pain. C’est dur d’entendre ça dans la bouche d’un enfant. « On a faim ! ». Souvent, quand je mange dans la rue, les enfants attendent quelque chose. Debout, derrière moi. Une grosse boite de conserve vide de concentré de tomate accroché autour du coup. Pieds nus. Tee-shirts déchirés, usés jusqu’à la transparence. C’est dur ça. Des milliers de gamins dans les rues. Pas ou plus de Papa et / ou de Maman. Ils dorment dans la rue. Ils passent de maison en maison. Quémandent une poignée de riz. C’est comme ça.
Mardi matin. Je quitte Djenné. Le temps est noir. Vent de face. Ca va m’arriver dessus. File d’attente pour prendre le bac et traverser le fleuve. En route pour Sévaré. Puis Mopti. 20 km et la pluie forte se met à tomber. Je m’abrite sous un immense manguier. Puis des gamins qui travaillent dans les champs viennent me rejoindre. On fini tous sous la bâche. Accroupis à attendre que l’averse s’arrête. Une fois de plus ils sont morts de rire avec les photos. Je repars tranquillement. La route jusqu’à Sévaré sera longue. Toute droite. Vent de côté. Un minibus de touristes est arrêté sur le bas-côté de la route. Ils mangent. Quelques kilomètres plus loin ils me redoublent en me chantant une chanson pour m’encourager. Je suis très ému d’un seul coup. Très fier aussi. Curieusement on se retrouvera dans la même auberge à Telly au pays Dogon le lendemain. Je retrouve d’ailleurs Kévin, Clément et Pasquale, les trois jeunes avec qui j’ai pris le bateau entre Koulikoro et Diafarabé. J’arrive à Sévaré. Je m’arrête à la mission catholique Jean Bosco. La sœur est aimable comme une porte de prison. Bonjour l’accueil ! Pas « Bonne arrivée ! ». Je prends un transport pour aller passer la fin de ma journée à Mopti. Je contourne le port. J’essaye de ne rien louper du spectacle. Les pinasses arrivent. D’autres partent, chargées. La ligne de flottaison à ras le bord. Ca part vers Gao. D’autres petites pirogues tournent dans le bassin. Desserte locale. Beaucoup de monde. Le marché tout autour. Je vais me poser au bar « le Bozo ». Je dévore ! Je me laisse séduire par le coucher de soleil sur les petits campements Bozo en arrière plan, le va et vient des pinasses, les reflets argentés du fleuve Niger. Je retourne paisiblement vers la gare routière et rentre avec le même camion à Sévaré.
Départ pour Bandiagara et le pays Dogon. Ca roule bien. Bandiagara n’est qu’à 60 km. La route est pourtant pas mal vallonnée. Je dois monter pour arriver sur la crête de la célèbre falaise du pays Dogon. C’est pour ainsi dire les premières côtes depuis le début du voyage. Mais ça va. Bien avant Bandiagara j’admire déjà de nombreux villages avec la même architecture que celle des villages Dogon. Greniers rectangulaires au toit de paille. Trois portes carrés à deux mètres du sol avec une échelle taillée dans un tronc d’arbre. Est-ce pour autant des Dogons qui habitent ici ? Je n’en sais rien malheureusement. Je m’arrête à Bandiagara pour manger. Quelques guides viennent naturellement s’installer à ma table. Mais j’apprécie leur démarche qui n’a rien de racoleuse. Je leur explique qu’étant en vélo, je souhaitais rouler seul dans le pays Dogon et que la visite des villages, je prendrais des guides locaux. Pour autant ils me donnent de nombreuses informations sur la route qui va vers Kani-Kombolé, Endé, etc.
La route entre Bandiagara et Kani-Kombolé est merveilleuse. Un peu difficile, mais je mets ça sur le compte de la fatigue. Je pressens le haut-plateau et je me grimpe quelques belles côtes ! Il y avait bien longtemps d’ailleurs. C’est la journée « étape de montagne du voyage ».

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